Nous avons maintenant devant nous les principaux faits concernant la vision stoïcienne de la nature de l’homme, mais nous n’avons pas encore vu dans quel contexte ils ont été placés. Quelle était la perspective stoïcienne sur l’univers? La réponse à cette question est fournie par leur Physique. Il y avait, d’après les stoïciens, deux premiers principes de toutes choses, l’actif et le passif. Le passif était cet être non qualifié qui est connu sous le nom de matière. L’actif était le Logos, ou la raison en elle, qui est Dieu. Cela, a-t-on dit, imprègne éternellement la matière et crée toutes choses. Ce dogme, posé par Zénon, a été répété après lui par les chefs suivants de l’école. Il y avait alors deux premiers principes, mais il n’y avait pas deux causes. Le principe actif seul était cause, l’autre n’était qu’une matière sur laquelle il travaillait, inerte, insensé, dépourvu de toute forme et de toute qualité, mais prêt à prendre des qualités ou des formes. La matière a été définie comme celle à partir de laquelle tout est produit. La Matière Première, ou être non qualifié, était éternelle et n’admettait pas d’augmentation ou de diminution, mais seulement de changement. C’était la substance ou l’être de toutes choses qui sont. On observera que les stoïciens ont utilisé le terme «matière» avec la même ambiguïté confuse avec laquelle nous l’utilisons nous-mêmes, maintenant pour des objets sensibles qui ont la forme et d’autres qualités, maintenant pour la conception abstraite de la matière, dépourvue de tout qualités. Ces deux premiers principes, il faut le comprendre, ont été conçus comme des corps, mais sans forme, l’un s’interpénétrant partout l’autre. Dire que le principe passif, ou la matière, est un corps nous est facile, à cause de la confusion familière mentionnée plus haut. Mais comment le principe actif, ou Dieu, pourrait-il être conçu comme un corps? La réponse à cette question peut sembler paradoxale. C’est parce que Dieu est un esprit. Un esprit dans son sens original signifiait de l’air en mouvement. Or le principe actif n’était pas l’air, mais c’était quelque chose qui lui ressemblait, c’est-à-dire l’éther. L’éther en mouvement pourrait être appelé un «esprit» ainsi que l’air en mouvement. C’est en ce sens que Chrysippe a défini la chose qui est, être un esprit qui se meut dans et hors de lui-même, ou un esprit qui va et vient.

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