Si on théorise à la manière du Oxford Dictionary, le manspreading, c’est ça : «pratique selon laquelle un homme, en particulier un passager dans les transports publics, adopte une position assise de telle sorte qu’il empiète sur le ou les siège(s) adjacent(s)». Si on caricature (légèrement), le manspreading donne ça : un homme, assis sur la banquette du métro, les cuisses nonchalamment écartées, les pieds généreusement ancrés dans le sol et une femme, n’occupant qu’une moitié de la place lui étant destinée, les jambes croisées ou repliées et le sac rangé sur ses genoux. Le tout dans une rame arrêtée, à l’heure de pointe, un après-midi d’été. A Madrid, les femmes peuvent désormais riposter d’un basta ! enflammé à leur voisin empli d’incivilité. Il leur suffit de pointer du doigt la nouvelle vignette d’interdiction du manspreading, affichée mi-juin dans les autobus et wagons du métro. Lancée par le collectif féministe Mujeres en Lucha (les femmes en lutte) – et leur pétition #MadridSinManspreading – reprise par la mairie dirigée par le parti de la gauche radicale, Podemos, cette campagne de sensibilisation, déjà présente à New York et Tokyo depuis quelques années, buzze comme jamais. Forcément, il y a toujours dans ce genre de débat «genré» – la domination masculine se retrouve même sur les bancs du métro – les enthousiastes et les blasés, l’engouement face à la perplexité. Il fallait donc s’y attendre : ce mercredi matin sur Europe 1, en affirmant que le manspreading relevait du sexisme, Raphaël Enthoven n’a fait qu’enflammer les réseaux sociaux déjà saturés. Micro ouvert : «Que des siècles de domination masculine crétine s’expriment dans ce geste insupportable, c’est une évidence, […] mais ça n’empêche pas que certaines femmes, fait plus rare, beaucoup plus rare, en fassent autant. Masculiniser le terme, essentialiser ce comportement en gravant dans le marbre d’un mot la certitude que par définition il y a que les hommes qui font ça relève du sexisme.» Argument du sexisme inversé. C’est (très)mal passé. Bien sûr, il peut y avoir des exceptions. Certaines femmes peuvent, le temps d’un trajet, de fatigue s’affaler sur une banquette de tramway. Et des hommes éduqués, partager un bout de siège usé. Mais tout de même, monsieur Enthoven : comment le sexisme peut-il être anti-homme ? Dans les transports en commun, si ces messieurs ne se sentent jamais discriminés, c’est aussi parce que les femmes, elles, sont toujours dominées.

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