De retour d’un voyage de groupe en Jamaïque qui était proposé par le comité d’entreprise de ma boîte, j’aimerais vous présenter l’hôtel dans lequel j’ai eu la chance de séjourner. Car, plus qu’un hôtel, il s’agit plutôt là d’une institution, d’un incontournable pour l’élite jamaïcaine. Installé dans une ancienne plantation de café, le Strawberry Hill est perché à plus de 900 mètres d’altitude sur un plateau vert intense, au cœur des luxuriantes Blue Mountains de Jamaïque. Il domine la ville tentaculaire de Kingston, sur le fond bleu turquoise de la mer des Caraïbes. Je vous laisse imaginer la beauté du site. Le site appartenait autrefois au comte d’Oxford, alias Horace Walpole, que la famille royale britannique aurait doté de 13 hectares de terres fertiles, à la fin du XVIIIe siècle. Même si on y cultivait (et si on y cultive toujours) des fraises, le domaine tient son nom de la propriété de Walpole, à Twickenham, en Angleterre. La plantation, qui a vu le jour voici presque trois siècles, a peu changé, en grande partie grâce à son isolement. Jadis, le trajet de Kingston au Strawberry Hill se faisait en voiture à chevaux, sur une piste sinueuse. Aujourd’hui, le voyage n’est guère plus rapide. La route est désormais pavée, mais elle est restée tout aussi escarpée et tortueuse. Malgré les changements de propriétaires qui ont eu lieu au fil des années, le domaine a conservé son mode de vie colonial et raffiné. Le fondateur d’Island Records, Chris Blackwell, venait y prendre le thé avec ses parents lorsqu’il était enfant, tradition inaugurée par la famille Da Costa, qui régnait sur la plantation dans les années 1940. Plus tard, en 1972, Blackwell se porta acquéreur de la propriété, où dans les années quatre-vingt il reçut une foule de célébrités et de musiciens, dont les Rolling Stones et Bob Marley. Comme son homonyme anglais, le Strawberry Hill devint un endroit à l’ambiance décontractée où l’on se retrouvait pour déjeuner dans la fraîcheur de la montagne. Rien d’étonnant, donc, si un testament s’y est ouvert en 1986. La « great house », une construction en bois d’un seul étage de style géorgien, fut rénovée pour l’occasion (et reçut le prix du patrimoine architectural). Deux ans plus tard, hélas, elle fut détruite par l’ouragan Gilbert, qui anéantit en quelques heures une institution de deux siècles. Blackwell a attendu 1991 pour charger une architecte jamaïcaine, Ann Hodges, de construire une maison sur le site. Interprétation contemporaine de l’esthétique jamaïcaine traditionnelle, ce bâtiment est une grande réussite. Blackwell a donc fait appel à la même architecte pour construire d’autres maisons de même style pour sa famille et ses amis. Puis les lieux se sont transformés en hôtel de montagne à l’atmosphère intime. En 1994, enfin, Blackwell a ouvert le Strawberry Hill, le premier des Island Outpost Hotels en Jamaïque. L’originalité de l’architecture et de la décoration des douze villas du Strawberry Hill justifie les nombreux prix qui leur ont été décernés. Précédées d’auvents et de vérandas, elles offrent de splendides vues sur les montagnes. Toutefois, le principal attrait de cet établissement, qui constitue un petit monde à part, réside dans le rôle qu’il continue à jouer dans la société jamaïcaine. Ce n’est pas une simple villégiature de luxe pour touristes étrangers. Son excellent restaurant est très prisé : hommes politiques, artistes, écrivains et autres personnalités de Kingston s’y retrouvent pour le brunch dominical. Chaque semaine, ils n’hésitent pas à effectuer quarante-cinq minutes de route dans la fraîcheur et la brume des Blue Mountains, pour y discuter jusqu’au coucher du soleil autour d’une table bien garnie. Son ancrage dans la vie locale est un atout indéniable, en rupture avec la tradition coloniale. Ainsi, bien que superbement isolé, le Strawberry Hill n’est pas coupé de la vie trépidante de Kingston, qui s’étend à ses pieds. Lors de ce voyage de groupe (qui était, je le rappelle, organisé par le comité d’entreprise !), j’ai ainsi pu faire la connaissance d’un écrivain, d’un peintre, et boire un verre avec une femme qui s’est avérée être l’actuelle premier ministre ! Et si vous voulez une autre bonne adresse, je vous laisse le lien vers l’organisateur de ce voyage de comité d’entreprise.

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