L’histoire est parfois cruelle, et joue également des tours. Ainsi, la bonne ville de Lisbonne vient de commémorer l’un de ces pires tremblements, et certaines profitent de cette commémoration et la prochaine, pour vendre des tours et autres objets sordides qui rappellent sans doute l’un des pires moments de l’histoire de la ville portugaise. Le tremblement de terre frappa Lisbonne à 9h40 le 1er novembre l755, jour de la Toussaint. La première secousse dura environ cinq minutes et détruisit la majorité des bâtiments. Elle dut atteindre 9 sur l’échelle de Richter et son épicentre était situé à 320 km, près des îles du Cap-Vert. Le tremblement de terre fut suivi, 40 minutes plus tard, d’un raz de marée qui remonta le Tage et provoqua plus de morts et de destruction encore. (La vague toucha tout le littoral atlantique européen, alla jusqu’à Galway en Irlande et s’abattit sur la majorité de la côte anglaise.) Dans les parties qui ne furent pas inondées, les incendies firent rage pendant cinq jours. Sur une population de 275 000 habitants, 60 000 et 90 000 moururent à la suite des deux catastrophes naturelles. De plus, 85% des bâtiments de Lisbonne furent détruits dont le Palais royal qui, en s’effondrant, emporta une magnifique bibliothèque de 70 000 volumes ainsi que des tableaux de Titien, de Rubens et du Caravage. Le tremblement de terre provoqua la consternation dans toute l’Europe. Il inspira a Voltaire son Candide, une satire de la suffisance intellectuelle de l’époque, incita Rousseau a proposer un retour à la vie << sauvage ›> et Kant à inventer la sismologie – l’étude des tremblements de terre. Le roi du Portugal Joseph 1er et sa cour dormirent sous des tentes durant le reste de son règne. Néanmoins, en un an a peine, son énergique ministre, le marquis de Pombal, avait lancé la reconstruction de Lisbonne. Je trouve que c’est un peu fort de profiter autant d’un désastre pour vendre et faire de l’argent. Je trouve qu’il devrait y avoir une limite à la décence humaine, mais ça, nous sommes chaque jour confronté à la dure réalité de ce monde qui nous démontre que la décence n’existe pas. Avec Le guide luxe.

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